{"id":105,"date":"2025-11-15T10:04:23","date_gmt":"2025-11-15T09:04:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/?p=105"},"modified":"2025-11-19T09:43:32","modified_gmt":"2025-11-19T08:43:32","slug":"morale-et-litterature","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/morale-et-litterature\/","title":{"rendered":"Morale et litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0M<em>orale<\/em>\u00a0\u00bb est un mot qui vient du latin <em>mores<\/em> (comportements, m\u0153urs).<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature a une port\u00e9e <em>morale<\/em> non parce qu&rsquo;elle dirait ce qu&rsquo;il faut faire pour bien faire, comment\u00a0il faut agir pour bien agir, mais parce que les \u0153uvres litt\u00e9raires, par-del\u00e0 le bien et le mal, par-del\u00e0 le jugement moral, repr\u00e9sentent les m\u0153urs, les comportements. Sans juger. Pour chercher \u00e0 les comprendre.<\/p>\n<p>Un \u00e9crivain n\u2019est donc pas un <em>moralisateur, <\/em>mais un<strong><em> moraliste :\u00a0<\/em><\/strong>il cherche \u00e0 repr\u00e9senter les m\u0153urs, les comportements des humains, particuli\u00e8rement leur travers. Il vise autant \u00e0 <em>distraire<\/em> le lecteur qu\u2019\u00e0 le faire <em>r\u00e9fl\u00e9chir sur lui-m\u00eame et les autres<\/em>, <em>sur lui-m\u00eame en relation avec les autres<\/em>.<\/p>\n<figure id=\"attachment_209\" aria-describedby=\"caption-attachment-209\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-209 size-medium\" src=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/schtroumpf-c3a0-lunettes-fond-300x197.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"197\" srcset=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/schtroumpf-c3a0-lunettes-fond-300x197.jpg 300w, http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/schtroumpf-c3a0-lunettes-fond.jpg 330w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-209\" class=\"wp-caption-text\">Le philosophe allemand Nietzsche invitait \u00e0 philosopher \u00e0 coup de marteau non pour fracasser les valeurs, constructions arbitraires que souvent les humains absolutisent \u00e0 tort, mais pour les faire tinter et en donner \u00e0 entendre le creux, la fausset\u00e9 (comme est fausse une note de musique). \u00ab\u2009<em>Quant aux idoles qu\u2019il s\u2019agit d\u2019ausculter, ce ne sont cette fois pas des idoles de l\u2019\u00e9poque, mais des idoles \u00e9ternelles, que l\u2019on frappe ici du marteau comme d\u2019un diapason \u2014 il n\u2019est pas d\u2019idoles plus anciennes, plus s\u00fbres de leur fait, plus enfl\u00e9es de leur importance&#8230;<\/em>\u2009\u00bb (Friedrich Nietzsche, Le Cr\u00e9puscule des Idoles\u2009\u00bb<\/figcaption><\/figure>\n<p>Milan Kundera, romancier fran\u00e7ais d&rsquo;origine tch\u00e8que, a insist\u00e9 souvent sur cela :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00a0\u00ab\u00a0D\u00e9couvrir ce que seul un roman puisse d\u00e9couvrir,c&rsquo;est la seule raison d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;un roman. Le roman qui ne d\u00e9couvre pas une portion jusque l\u00e0 inconnue de l&rsquo;existence est immoral. La connaissance est la seule morale du roman.\u00a0\u00bb (Milan Kundera)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00ab\u00a0Suspendre le jugement moral ce n\u2019est pas l\u2019immoralit\u00e9 du roman, c\u2019est sa morale. La morale qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019ind\u00e9racinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. Cette fervente disponibilit\u00e9 \u00e0 juger est, du point de vue de la sagesse du roman, la plus d\u00e9testable b\u00eatise, le plus pernicieux mal. Non que le romancier conteste, dans l\u2019absolu, la l\u00e9gitimit\u00e9 du jugement moral, mais il le renvoie au-del\u00e0 du roman. L\u00e0, si cela vous chante, accusez Panurge pour sa l\u00e2chet\u00e9, accusez Emma Bovary, accusez Rastignac, c\u2019est votre affaire ; le romancier n\u2019y peut rien.\u00a0\u00bb (Milan Kundera, <em>Les testaments trahis<\/em>, 199<em>3<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les \u00e9crivains classiques du 17\u00e8me si\u00e8cle ont donn\u00e9 un tr\u00e8s grand nombre de moralistes.<\/p>\n<p>Des auteurs de <em>portraits<\/em> comme La Bruy\u00e8re :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: Trebuchet MS;\">\u00ab\u00a0Giton\u00a0a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l\u2019\u0153il fixe et assur\u00e9, les \u00e9paules larges, l\u2019estomac haut, la d\u00e9marche ferme et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. Il parle avec confiance ; il fait r\u00e9p\u00e9ter celui qui l\u2019entretient, et il ne go\u00fbte que\u00a0 m\u00e9diocrement tout ce qu\u2019il lui dit. Il d\u00e9ploie un ample mouchoir et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin, et il\u00a0 \u00e9ternue fort haut. Il dort le jour, il dort la nuit, et profond\u00e9ment ; il ronfle en compagnie. Il occupe \u00e0 table et \u00e0 la\u00a0 promenade plus de place qu\u2019un autre. Il tient le milieu en se promenant avec ses \u00e9gaux ; il s\u2019arr\u00eate, et l\u2019on s\u2019arr\u00eate ; il\u00a0 continue de marcher, et l\u2019on marche : tous se r\u00e8glent sur lui. Il interrompt, il redresse ceux qui ont la parole : on ne\u00a0 l\u2019interrompt pas, on l\u2019\u00e9coute aussi longtemps qu\u2019il veut parler ; on est de son avis, on croit les nouvelles qu\u2019il d\u00e9bite. S\u2019il\u00a0 s\u2019assied, vous le voyez s\u2019enfoncer dans un fauteuil, croiser les jambes l\u2019une sur l\u2019autre, froncer le sourcil, abaisser son\u00a0 chapeau sur ses yeux pour ne voir personne, ou le relever ensuite, et d\u00e9couvrir son front par fiert\u00e9 et par audace. Il est\u00a0 enjou\u00e9, grand rieur, impatient, pr\u00e9somptueux, col\u00e8re, libertin, politique, myst\u00e9rieux sur les affaires du temps ; il se croit\u00a0 du talent et de l\u2019esprit. Il est riche.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Ph\u00e9don a les yeux creux, le teint \u00e9chauff\u00e9, le corps sec et le visage maigre; il dort peu, et d&rsquo;un sommeil fort l\u00e9ger; il est\u00a0 abstrait, r\u00eaveur, et il a avec de l&rsquo;esprit l&rsquo;air d&rsquo;un stupide: il oublie de dire ce qu&rsquo;il sait, ou de parler d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui lui\u00a0 sont connus; et s&rsquo;il le fait quelquefois, il s&rsquo;en tire mal, il croit peser \u00e0 ceux \u00e0 qui il parle, il conte bri\u00e8vement, mais\u00a0 froidement; il ne se fait pas \u00e9couter, il ne fait point rire. Il applaudit, il sourit \u00e0 ce que les autres lui disent, il est de leur\u00a0 avis; il court, il vole pour leur rendre de petits services. Il est complaisant, flatteur, empress\u00e9; il est myst\u00e9rieux sur ses\u00a0 affaires, quelquefois menteur; il est superstitieux, scrupuleux, timide. Il marche doucement et l\u00e9g\u00e8rement, il semble\u00a0 craindre de fouler la terre; il marche les yeux baiss\u00e9s, et il n&rsquo;ose les lever sur ceux qui passent. Il n&rsquo;est jamais du nombre de\u00a0 ceux qui forment un cercle pour discourir; il se met derri\u00e8re celui qui parle, recueille furtivement ce qui se dit, et il se\u00a0 retire si on le regarde. Il n&rsquo;occupe point de lieu, il ne tient point de place; il va les \u00e9paules serr\u00e9es, le chapeau abaiss\u00e9 sur\u00a0 ses yeux pour n&rsquo;\u00eatre point vu; il se replie et se renferme dans son manteau; il n&rsquo;y a point de rues ni de galeries si\u00a0 embarrass\u00e9es et si remplies de monde, o\u00f9 il ne trouve moyen de passer sans effort, et de se couler sans \u00eatre aper\u00e7u. Si on\u00a0 le prie de s&rsquo;asseoir, il se met \u00e0 peine sur le bord d&rsquo;un si\u00e8ge; il parle bas dans la conversation, et il articule mal; libre\u00a0 n\u00e9anmoins sur les affaires publiques, chagrin contre le si\u00e8cle, m\u00e9diocrement pr\u00e9venu des ministres et du minist\u00e8re. Il\u00a0 n&rsquo;ouvre la bouche que pour r\u00e9pondre; il tousse, il se mouche sous son chapeau, il crache presque sur soi, et il attend qu&rsquo;il\u00a0 soit seul pour \u00e9ternuer, ou, si cela lui arrive, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;insu de la compagnie: il n&rsquo;en co\u00fbte \u00e0 personne ni salut ni compliment.\u00a0 Il est pauvre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des auteurs de <em>maximes<\/em> (d&rsquo;apophtegmes) comme La Rochefoucauld :<\/p>\n<blockquote>\n<ul>\n<li>Nos vertus ne sont, le plus souvent, que des vices d\u00e9guis\u00e9s.<\/li>\n<li>Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.<\/li>\n<li>Si nous n\u2019avions point de d\u00e9fauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir \u00e0 en remarquer dans les autres.<\/li>\n<li>Nous aimons toujours ceux qui nous admirent\u00a0; et nous n\u2019aimons pas toujours ceux que nous admirons.<\/li>\n<li>Il n\u2019y a que ceux qui sont m\u00e9prisables qui craignent d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<\/blockquote>\n<p>Des penseurs comme Blaise Pascal :<\/p>\n<blockquote>\n<p class=\"texte14\" style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;homme n&rsquo;est qu&rsquo;un roseau, le plus faible de la nature\u00a0; mais c&rsquo;est un roseau pensant. Il ne faut pas que l&rsquo;univers entier s&rsquo;arme pour l&rsquo;\u00e9craser. Une vapeur, une goutte d&rsquo;eau suffit pour le tuer. Mais quand l&rsquo;univers l&rsquo;\u00e9craserait, l&rsquo;homme serait encore plus noble que ce qui le tue\u00a0; parce qu&rsquo;il sait qu&rsquo;il meurt\u00a0; et l&rsquo;avantage que l&rsquo;univers a sur lui, l&rsquo;univers n&rsquo;en sait rien.<\/span><\/p>\n<p class=\"texte14\" style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"color: #000000;\">Ainsi toute notre dignit\u00e9 consiste dans la pens\u00e9e. C&rsquo;est de l\u00e0 qu&rsquo;il faut nous relever, non de l&rsquo;espace et de la dur\u00e9e. Travaillons donc \u00e0 bien penser. Voil\u00e0 le principe de la morale. Il est dangereux de trop faire voir \u00e0 l&rsquo;homme combien il est \u00e9gal aux b\u00eates, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l&rsquo;un et l&rsquo;autre. Mais il est tr\u00e8s avantageux de lui repr\u00e9senter l&rsquo;un et l&rsquo;autre.<\/span><\/p>\n<p class=\"texte14\" style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"color: #000000;\">Que l&rsquo;homme donc s&rsquo;estime son prix. Qu&rsquo;il s&rsquo;aime\u00a0; car il a en lui une nature capable de bien\u00a0; mais qu&rsquo;il n&rsquo;aime pas pour cela les bassesses qui y sont. Qu&rsquo;il se m\u00e9prise parce que cette capacit\u00e9 est vide\u00a0; mais qu&rsquo;il ne m\u00e9prise pas pour cela cette capacit\u00e9 naturelle. Qu&rsquo;il se ha\u00efsse\u00a0; qu&rsquo;il s&rsquo;aime\u00a0: il a en lui la capacit\u00e9 de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 et d&rsquo;\u00eatre heureux\u00a0; mais il n&rsquo;a point de v\u00e9rit\u00e9 ou constante ou satisfaisante.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un fabuliste comme la Fontaine :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><strong>LE LOUP ET L&rsquo;AGNEAU<\/strong><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">La raison du plus fort est toujours la meilleure :<br \/>\nNous l&rsquo;allons montrer tout \u00e0 l&rsquo;heure.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Un Agneau se d\u00e9salt\u00e9rait<br \/>\nDans le courant d&rsquo;une onde pure.<br \/>\nUn Loup survient \u00e0 jeun, qui cherchait aventure,<br \/>\nEt que la faim en ces lieux attirait.<br \/>\nQui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?<br \/>\nDit cet animal plein de rage :<br \/>\nTu seras ch\u00e2ti\u00e9 de ta t\u00e9m\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nSire, r\u00e9pond l&rsquo;Agneau, que Votre Majest\u00e9<br \/>\nNe se mette pas en col\u00e8re ;<br \/>\nMais plut\u00f4t qu&rsquo;elle consid\u00e8re<br \/>\nQue je me vas d\u00e9salt\u00e9rant<br \/>\nDans le courant,<br \/>\nPlus de vingt pas au-dessous d&rsquo;Elle ;<br \/>\nEt que par cons\u00e9quent, en aucune fa\u00e7on,<br \/>\nJe ne puis troubler sa boisson.<br \/>\nTu la troubles, reprit cette b\u00eate cruelle,<br \/>\nEt je sais que de moi tu m\u00e9dis l&rsquo;an pass\u00e9.<br \/>\nComment l&rsquo;aurais-je fait si je n&rsquo;\u00e9tais pas n\u00e9 ?<br \/>\nReprit l&rsquo;Agneau ; je tette encor ma m\u00e8re.<br \/>\nSi ce n&rsquo;est toi, c&rsquo;est donc ton fr\u00e8re.<br \/>\nJe n&rsquo;en ai point. C&rsquo;est donc quelqu&rsquo;un des tiens:<br \/>\nCar vous ne m&rsquo;\u00e9pargnez gu\u00e8re,<br \/>\nVous, vos Bergers et vos Chiens.<br \/>\nOn me l&rsquo;a dit : il faut que je me venge.<br \/>\nL\u00e0-dessus, au fond des for\u00eats<br \/>\nLe loup l&#8217;emporte et puis le mange,<br \/>\nSans autre forme de proc\u00e8s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ou encore des dramaturges (auteurs de th\u00e9\u00e2tre) comme Moli\u00e8re&#8230; ou Racine dans cet extrait o\u00f9 Ph\u00e8dre\u00a0 regarde sans concession sa passion sexuelle pour son beau-fils Hippolyte :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Mon mal vient de plus loin. A peine au fils d&rsquo;Eg\u00e9e<br \/>\nSous ses lois de l&rsquo;hymen je m&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9e,<br \/>\nMon repos, mon bonheur semblait \u00eatre affermi ;<br \/>\nAth\u00e8nes me montra mon superbe ennemi :<br \/>\nJe le vis, je rougis, je p\u00e2lis \u00e0 sa vue ;<br \/>\nUn trouble s&rsquo;\u00e9leva dans mon \u00e2me \u00e9perdue ;<br \/>\nMes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;<br \/>\nJe sentis tout mon corps et transir et br\u00fbler ;<br \/>\nJe reconnus V\u00e9nus et ses feux redoutables,<br \/>\nD&rsquo;un sang qu&rsquo;elle poursuit, tourments in\u00e9vitables.<br \/>\nPar des v\u0153ux assidus je crus les d\u00e9tourner :<br \/>\nJe lui b\u00e2tis un temple, et pris soin de l&rsquo;orner ;<br \/>\nDe victimes moi-m\u00eame \u00e0 toute heure entour\u00e9e,<br \/>\nJe cherchais dans leurs flancs ma raison \u00e9gar\u00e9e :<br \/>\nD&rsquo;un incurable amour rem\u00e8des impuissants !<br \/>\nEn vain sur les autels ma main br\u00fblait l&rsquo;encens :<br \/>\nQuand ma bouche implorait le nom de la d\u00e9esse,<br \/>\nJ&rsquo;adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,<br \/>\nM\u00eame au pied des autels que je faisais fumer,<br \/>\nJ&rsquo;offrais tout \u00e0 ce dieu que je n&rsquo;osais nommer.<br \/>\nJe l&rsquo;\u00e9vitais partout. O comble de mis\u00e8re !<br \/>\nMes yeux le retrouvaient dans les traits de son p\u00e8re.<br \/>\nContre moi-m\u00eame enfin j&rsquo;osai me r\u00e9volter :<br \/>\nJ&rsquo;excitai mon courage \u00e0 le pers\u00e9cuter.<br \/>\nPour bannir l&rsquo;ennemi dont j&rsquo;\u00e9tais idol\u00e2tre,<br \/>\nJ&rsquo;affectai les chagrins d&rsquo;une injuste mar\u00e2tre ;<br \/>\nJe pressai son exil ; et mes cris \u00e9ternels<br \/>\nL&rsquo;arrach\u00e8rent du sein et des bras paternels.<br \/>\nJe respirais, \u0152none ; et, depuis son absence,<br \/>\nMes jours moins agit\u00e9s coulaient dans l&rsquo;innocence ;<br \/>\nSoumise \u00e0 mon \u00e9poux, et cachant mes ennuis,<br \/>\nDe son fatal hymen je cultivais les fruits.<br \/>\nVaines pr\u00e9cautions ! Cruelle destin\u00e9e !<br \/>\nPar mon \u00e9poux lui-m\u00eame \u00e0 Tr\u00e9z\u00e8ne amen\u00e9e,<br \/>\nJ&rsquo;ai revu l&rsquo;ennemi que j&rsquo;avais \u00e9loign\u00e9 :<br \/>\nMa blessure trop vive aussit\u00f4t a saign\u00e9.<br \/>\nCe n&rsquo;est plus une ardeur dans mes veines cach\u00e9e :<br \/>\nC&rsquo;est V\u00e9nus tout enti\u00e8re \u00e0 sa proie attach\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<hr \/>\n<p>Plus pr\u00e8s de nous, au XX\u00e8me si\u00e8cle, la litt\u00e9rature de <em>\u00ab\u00a0l&rsquo;absurde\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0a \u00e9galement plac\u00e9 le souci moraliste au c\u0153ur de l&rsquo;entreprise litt\u00e9raire. <em>Cronopes et Fameux<\/em> de Julio Cortazar , par exemple&#8230; \u00c0 nous de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui est symbolis\u00e9 derri\u00e8re ces trois cat\u00e9gories de personnages que sont les <em>Cronopes<\/em>, les <em>Fameux<\/em> et les <em>Esp\u00e9rances<\/em> :<\/p>\n<blockquote>\n<h3 style=\"padding-left: 30px;\"><strong>Le d\u00e9jeuner<\/strong><\/h3>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Un Cronope parvint non sans peine \u00e0 \u00e9tablir un thermom\u00e8tre de vies. Quelque chose entre le thermom\u00e8tre et le topom\u00e8tre, entre la fiche et le curriculum vitae.Par exemple si le Cronope recevait chez lui un Fameux, une Esp\u00e9rance et un professeur de langues vivantes, il en d\u00e9duisait, d\u2019apr\u00e8s ses plus r\u00e9centes d\u00e9couvertes, que le Fameux \u00e9tait infra-vie, l\u2019Esp\u00e9rance para-vie et le professeur de langues inter-vie. Quant au Cronope lui-m\u00eame, il se consid\u00e9rait l\u00e9g\u00e8rement super-vie mais plus par po\u00e9sie que par v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">\u00c0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner, ce Cronope savourait fort la conversation de ses invit\u00e9s car ils croyaient parler des m\u00eames choses et c\u2019\u00e9tait pure illusion. L\u2019inter-vie brassait des abstractions telles qu\u2019esprit et conscience que le para-vie \u00e9coutait comme on \u00e9coute pleuvoir, t\u00e2che d\u00e9licate. Et, bien entendu, l\u2019infra-vie demandait \u00e0 tout instant le gruy\u00e8re r\u00e2p\u00e9 et le super-vie coupait le poulet en quarante-deux mouvements pas un de plus, m\u00e9thode Stanley Fitzsimmons. Au dessert, les vies se saluaient et s\u2019en allaient vaquer \u00e0 leurs occupations et il ne restait plus sur la table que de petits morceaux \u00e9pars de la mort.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"http:\/\/losinsistentes.blogspot.com\/2014\/10\/el-almuerzo-de-julio-cortazar-un.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">(Le texte en espagnol&#8230; avec une analyse en espagnol&#8230; sur le blog d&rsquo;\u00e9tudiants en espagnol \u00e0 l&rsquo;Institut Cervantes de Rio de Janeiro)<\/a><\/p>\n<p>Le Cronope n\u2019est-il pas le plus nietzsch\u00e9en des trois cat\u00e9gories de personnages imagin\u00e9s par Julio Cort\u00e1zar\u2009?<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/moraliste-morale-litterature.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Afficher et t\u00e9l\u00e9charger le pdf de cette note.<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/moraliste-morale-litterature.docx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Version Word .docx<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/moraliste.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Fiche avec l&rsquo;essentiel<\/a><br \/>\n<\/strong><a href=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/moraliste-morale-litterature.docx\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Version texte (.docx)<\/a><strong><br \/>\n<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Morale\u00a0\u00bb est un mot qui vient du latin mores (comportements, m\u0153urs). La litt\u00e9rature a une port\u00e9e morale non parce qu&rsquo;elle &hellip; <a class=\"more-link\" href=\"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/morale-et-litterature\/\">Plus<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":209,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[22,21,26,23,20,5],"tags":[],"class_list":["post-105","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-classicisme","category-cronopes-et-fameux","category-education-a-la-philosophie-et-a-la-citoyennete","category-labsurde","category-theorie-litteraire","category-uaa6",""],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/schtroumpf-c3a0-lunettes-fond.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/105","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=105"}],"version-history":[{"count":27,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4736,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions\/4736"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/media\/209"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.dallenogare.biz\/fr4\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}