La préciosité

Les précieuses ridicules de Molière interprétées par la troupe de la Comédie Française (1993)

Une interview de Thierry Hancisse (1993)

La préciosité au 17ème siècle

Le mouvement précieux au 17ème siècle se caractérise par une recherche extrême du raffinement langagier et de l’élégance, notamment dans l’expression du sentiment amoureux.

C’est un mouvement féminin installé dans la haute société, la noblesse.

Il fleurit dans les salons des demeures des dames de la haute société, salons où celles-ci reçoivent des messieurs et des dames pour s’adonner à diverses activités littéraires. Les grands auteurs du 17ème siècle fréquentaient ces salons, particulièrement les poètes et auteurs de texte court.

Ces femmes sont les héritères des dames “courtoises” qui, à la fin du moyen-âge, dans les cours des châteaux, ont imposé un long temps d’épreuves littéraires et physiques à ceux qui les “courtisaient”.

Depuis la fin du moyen âge, des “romance” raconte ce type de relations extrêmement raffinées que les femmes de la haute société attendent des messieurs. Cela débouchera sur la signification courante du mot “romantisme” qui renvoie à ce raffinement amoureux.

Un langage

Le langage précieux a évincé un bon nombre de termes jugés trop bas ou vulgaires. I

De nombreuses expressions précieuses sont encore employées de nos jours, comme « travestir sa pensée », « avoir de l’esprit », « briller dans la conversation », etc.

De nombreux néologismes (= mots nouveaux ou récents) ont également vu le jour à cette époque : « féliciter », « anonyme », « incontestable », « obscénités », etc.

Parmi eux, de nombreux termes hyperboliques (= exagérés) : « furieusement », « indicible », « terrible », « horrible », etc.

Des expressions plus nobles sont aussi créées. Elles sont généralement longues et emphatiques, hyperboliques et imagées. Des périphrases sont employées pour désigner des objets banals et les rendre plus esthétiques dans la conversation.

Exemples

  • le miroir → le conseiller des grâces
  • les yeux → les miroirs de l’âme
  • le chapeau → l’affronteur des temps
  • le fauteuil → les commodités de la conversation
  • la cheminée → l’empire de Vulcain
  • les pieds → les chers souffrants

 

Types de textes littéraires produits dans les salons des précieuses

La Poésie précieuse : C’est le genre le plus représentatif, caractérisé par la brièveté et la recherche stylistique.

  • Le Madrigal : Petit poème galant, vif et spirituel, souvent adressé à une femme pour la complimenter.
  • Le Sonnet et l’Épigramme : Formes poétiques courtes utilisées pour célébrer l’amour, la beauté ou l’esprit.
  • Les vers de société : Poèmes composés lors de jeux de salon, souvent basés sur des énigmes, des portraits ou des sujets légers.

Le Genre épistolaire (Lettres) : Les lettres précieuses sont des exercices de style, mêlant éloquence, badinage (ton léger) et analyse subtile des sentiments. Mme de Sévigné et Vincent Voiture en sont des représentants clés.

Le Roman précieux : Il s’agit de longs romans romanesques et héroïques, présentant des personnages idéalisés et des intrigues sentimentales complexes. Ils mettent en scène un amour platonique, basé sur la psychologie et la parole (ex: L’Astrée d’Honoré d’Urfé, bien qu’antérieur, influence le genre, et les romans de Mlle de Scudéry comme Clélie).

La Littérature de conversation et les textes de salon :

  • Portraits et Maximes : Descriptions psychologiques subtiles et phrases courtes résumant une pensée ou une règle de conduite.
  • Billets : Petits écrits échangés lors des séances de salon.

La carte du Tendre

La carte de Tendre[a] est la carte d’un pays imaginaire appelé « Tendre » inventé au XVIIe siècle par différentes personnalités, dont Catherine de Rambouillet, et inspiré du roman Clélie, histoire romaine de Madeleine de Scudéry (1654).

Dans cette « représentation topographique et allégorique », on trouve tracées, sous forme de villages et de chemins, les différentes étapes de la vie amoureuse selon les Précieuses de l’époque. Ce « jeu de l’oie à l’usage d’une coterie férue de subtilités sentimentales compte quatre villes, trois rivières, deux mers, un lac et trente petits villages[1]. » Le modèle sera repris par l’abbé d’Aubignac dans Histoire du temps, ou Relation du royaume de Coquetterie, dont la réédition comprend « l’exposé doctrinal le plus complet sur l’allégorie à l’époque de la préciosité[2]. »

On attribue à François Chauveau[3] la gravure de cette carte figurant, en illustration, dans la première partie de Clélie, Histoire romaine.

Tendre est le nom du pays ainsi que de ses trois villes capitales. Tendre a un fleuve en Inclination, rejoint à son embouchure par deux rivières, Estime et Reconnaissance. Les trois villes de Tendre (Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur-Reconnaissance) sont situées sur ces trois cours d’eau différents. Pour aller de Nouvelle-Amitié à Tendre-sur-Estime, il faut passer par le lieu de Grand-Esprit, auquel succèdent les agréables villages de Jolis-vers, Billet-galant et Billet-doux. Dans cette sorte de géographie amoureuse, le fleuve Inclination coule tranquillement, car il est domestiqué, tandis que la mer est dangereuse, car elle représente les passions. La seule Passion positive est celle qui est la source de nobles sentiments que l’homme peut éprouver. Le lac d’Indifférence représente l’ennui.

Source :wikipedia