Se mettre à l’écoute de pages de livres

  1. « Si les oignons font pleurer, c’est à cause du respect humain. Dans l’ancien temps, les oignons faisaient rire et chacun les respirait afin de trouver la gaîté. Un sage blâme ce rire dénué de fondement et les oignons en furent humiliés. Ils comprirent que les larmes seules sont tolérables sans motif. » (Norge, poète surréaliste belge – Liminaire de Les Oignons, 1953-1956-1971)
  2. Narcisse
    Au secours ! Narcisse est encore une fois tombé dans la mare ; vous voyez ce glouglou ! On va quérir des gaffes, on repêche Narcisse. Et pour finir, on lui offre un miroir : il pourra désormais se contempler sans péril. – Doucement, doucement mes enfants, Narcisse ne veut pas son image pour se voir, il vaut son image pour s’y noyer. (Norge, in Les Oignons)
  3. Les histoires
    Chaque fois que j’invente une histoire, mes personnages se mettent à vivre vraiment. Au coin de la rue, je rencontre ce Joseph de rêve ; au coin du bois, cette Angèle de fiction ; au coin du feu, ce Toto imaginaire. Et voilà qu’à leur tour, ils me racontent leurs histoires. La vie devient impossible. (Norge, in Les Oignons)
  4. « On s’aperçoit que les progrès mêmes de la technique – je reprends un lieu commun -, qui mettent tout le monde en relation avec tout le monde, comportent des nécessités qui laissent les hommes dans l’anonymat.  Des formes impersonnelles de la relation se substituent aux formes directes., aux « rapports courts ». Le cadre des États et des nations est certes, moins abstrait que celui de la planète, mais reste encore trop large, et les liens universels de la loi assurent le côte-à-côte des hommes plutôt que leur face-à-face. (…)d’où recherche d’une société plus restreinte dont les membres se connaîtraient les uns les autres. On pense que pour cela ils doivent se fréquenter et se voir. Est-ce là la solution ? Société concrète, mais marginale, ne se constituant que sur les bords d’une société réelle qui, malgré ses structures impersonnelles, est fondée dans « l’ordre des choses ». Notre socialité s’accomplira-t-elle dans une société de dimanche et de loisirs, dans la société provisoire du club ? (…) N’oubliez pas les soixante-dix langues dans lesquelles est annoncée la Thora. La Thora est à tout le monde: tout le monde est responsable de tout le monde. La formule « Aime ton prochain comme toi-même » présuppose encore l’amour de soi comme prototype de l’amour. Ici l’éthique signifie : « Sois responsable d’autrui, comme tu es responsable de toi-même. » Nous évitons le présupposé de l’amour de soi, de l’amour-propre qui se donne pour la définition même du personnel. Mais ce n’est pas fini (…)On n’est pas seulement responsable de tous les autres, on est responsable de la responsabilité de tous les autres. (…) À tel point que d’autrui, de l’adhésion et de la fidélité d’autrui à la Loi, je me porte garant. Son affaire est mon affaire. Mos mon affaire n’est-elle pas la sienne ? N’est-il pas responsable de moi ? Puis-je répondre de sa responsabilité pour moi ? Kol Israèl arévim zé lazé (« Tout le monde en Israèl répond de tout le monde« ) signifie : tous les adhérents à la Loi divine, tous les hommes véritablement homme, sont responsables les uns des autres. » (Emmanuel Levinas, phliosophe lituano-français. Le Pacte in L’au-delà du Verset, 1982) (Télécharger le texte)