Pourquoi Dieu nous aurtait-Il créés libres ? mise en commun des travaux d’élèves + perspectives sur la liberté chrétienne

Synthèse des travaux des élèves de l’année scolaire 2025-2026

Dieu curieux… intrigué…

  1. Pour voir ce que l’être humain est capable de faire.
  2. Pour voir jusqu’où nous irons.
  3. Pour voir comment l’être humain peut se débrouiller.
  4. Un peu comme une expérience sociale. Pour pouvoir voir jusqu’où nous irons.

Dieu qui laisse a quia… Intriguant…

  1. Parce que. Pourquoi appelle-t-on « table » une table ? Parce que. Il l’a décidé sans avoir forcément d’explication.
  2. Ou alors Il nous a créés libres, mais nous l’ignorons. Savons-nous ce que c’est que d’être libre ?

Dieu qui appelle à l’alliance…

  1. Pour que nous puissions entretenir une conversation avec Lui.
  2. La liberté permet d’aimer. L’amour forcé n’est pas un vrai amour.
  3. Pour donner de la valeur au lien. Sans liberté (libre arbitre), le lien n’aurait aucune valeur !
  4. Car si nous sommes « prisonniers », nous ne pouvons pas nous repentir, donc nous devons garder cet amour pour Lui caché.
  5. Dans le but que nous puissions choisir de l’aimer.
  6. Je dois accomplir la volonté de Dieu grâce à cette liberté.
  7. Pour avoir un monde qui ne soit pas égoïste.
  8. Car il a foi en nous. Dieu donne sa confiance à l’être humain. Il a foi en nous tous. Il nous laisse évoluer.
  9. Pour en quelque sorte nous remercier d’être ses messagers sur terre. C’est comme un remerciement.
  10. Pour qu’on se respecte les uns les autres.
  11. Rien ne forçait Dieu à le faire. Se sentait-Il seul ?

Dieu qui s’efface…

  1. Pour nous permettre de faire nos propres expériences, pour pouvoir réfléchir sur le monde, pour que l’être humain puisse vivre comme il l’entend.
  2. Pour que nous puissions améliorer la création, apporter de nouvelles choses.
  3. Pour découvrir le monde qu’il a créé.
  4. Pour que nous puissions créer le monde.
  5. Il ne veut pas diriger notre vie.
  6. Il voulait peut-être du défi en pensant qu’on Lui serait égal.
  7. Pour que les êtres humains puissent régner sur les autres formes de vie.

Dieu imprévisible

  1. Pour varier les formes de vie.
  2. Pour que tout le monde soit différent.
  3. Nous pouvons faire ce que nous voulons de notre vie.
  4. Je pense que Dieu n’a pas fait exprès de créer un humain libre. Elle est dans la nature avec la pensée.
  5. La liberté permet de ne pas tourner en rond.

Dieu qui teste et valorise… ou pas…

  1. Pour voir si nous méritons.
  2. Pour nous tester et voir si nous choisissons le bien et le mal. C’est une épreuve.
  3. Pour nous juger, nous « peser », selon nos choix.
  4. Pour voir à quel point nous pouvons nous surpasser.
  5. Pour voir si on mérite (d’aller au paradis).
  6. Pour permettre de punir.

Dieu qui responsabilise et valorise

  1. Pour que nous puissions nous développer, développer le monde
  2. Contrairement aux autres espèces qui ne sont ni bonnes ni mauvaises, l’être humain, lui, peut choisir de devenir quelqu’un de bien ou pas.
  3. Faire ce que nous voulons, quitte à payer. Assumer les circonstances.
  4. Car la liberté rend l’homme responsable, avec un sens de l’honneur.
  5. Sans liberté, l’homme ne peut créer aucune valeur.
  6. Pour découvrir par nous-mêmes certaines valeurs.
  7. Pour que nous décidions d’être libres.
  8. Pour agir de manière authentique et responsable.
  9. Les humains, sans liberté, ne pourraient pas vraiment aimer, aider ou faire le bien par eux-mêmes.
  10. Nous sommes sur terre dans le but de montrer que nous sommes dignes.

Un Dieu de l’action, de la vie, du bonheur

  1. Que ferions-nous si nous n’étions pas libres ? Rien. Le rocher n’est pas libre.
  2. On est acteur de notre propre vie. C’est NOTRE vie.
  3. Afin de faire chacun sa vie à sa meilleure des manières.
  4. Pour avoir un vrai développement de sa personne et le sens que nos choix et nos actions aient une vraie valeur.
  5. Enfermés, pas libres, les humains ne vont plus vouloir vivre.
  6. Sans liberté, nous sommes sans vie.
  7. Pour que les êtres humains fassent ce qui les rend heureux, pour qu’ils se sentent vivants.
  8. Pour que chaque jour soit différent des autres.

Dieu qui (se) donne et qui donne de se donner

  1. Pour nous montrer ce que c’est que de vivre.
  2. Sinon nous serions tout vide, sans aucune pensée, tous les mêmes, comme des robots.
  3. Car Il nous a créés à son image et, si Lui est libre, nous aussi.
  4. Comment ne pas avoir de temps pour Celui qui a créé le temps ?

Dieu significatif

  1. Sans liberté, il n’y a ni mal ni bien et donc la vie n’aurait pas de sens.
  2. Pour que l’amour et le bien ait du sens.
  3. Pour que nous puissions apprendre, évoluer, découvrir, nous adapter.
  4. Pour pouvoir transcender la nature. 

Remarques diverses

  1. « Pourquoi je ne suis pas une larve ? » (M. H.) car nous avons évolué et appris qu’il faut penser par soi-même pour survivre – Mais en fait les larves n’ont pas de conflits mondiaux, ne tuent pas leurs voisines par milliers. Peut-être donc que notre liberté est une entrave à la liberté.
  2. La capacité de réflexion est une arme incomplète à double tranchant que l’être humain pointe sur lui-même. (…) C’est grâce à elle qu’il est au sommet de la chaîne alimentaire, rempli de potentiel, capable de toucher les étoiles et, ultimement, libre.
  3. La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que la question présuppose quelque chose de faux. Par définition, la liberté est l’absence de limite, or il est évident que l’être humain est limité. Qui peut voler ? (…)  Cependant si l’on estime que, par le fait qu’il y ait des choix, en-deça des limites, que l’on peut faire ou ne pas faire, nous avons une certaine forme de liberté. Alors il paraît évident qu’elle est celle que Dieu nous a donnée. Car à quoi bon châtier ou récompenser des actions réalisées sans conviction propre ? Sans possibilité de s’en éloigner et les éviter ?
  4. La liberté n’est pas un privilège, mais un calvaire, une contrainte.
  5. Dieu nous a donné la liberté pour vivre selon nos désirs, mais nous avons fait le choix de ne pas être libres, car nous suivrons toujours des personnes plus hautes que nous pour choisir ce que l’on ne peut pas faire.
  6. Un homme libre pourra émerger et créer alors qu’un homme non libre ne servirait à rien. À l’inverse, une fourmi libre se contenterait d’errer dans l’immensité de notre monde sans but précis.
  7. La question est pour moi impossible à répondre, car il n’y a pas que des gentils dans le monde, malheureusement.

 


Pistes synthétiques

  • La liberté nous permet de devenir nous-même, d’être quelqu’un et non quelque chose. Nous sommes un « qui » et non un « quoi ». Sartre défend cette idée : L’existence précède l’essence (en philosophie, le mot « essence » désigne ce qui fait que quelque chose est ce qu’il est). Le fait d’être, d’exister,  ne fait pas de nous une « essence » prédéterminée, un « quelque chose » de prédéterminé…C’est ce que nous ferons dans notre existence qui définira. « L’homme est la somme de ses actes« , écrit Sartre : le résultat de l’exercice de sa liberté.

 

  • La liberté nous permet de préserver, de prendre soin, du monde et de le perfectionner.Quand Dieu crée, il crée nécessairement de l’imparfait, avec donc une dimension autodestructive. Sinon il créerait un alter ego, un autre « Dieu ».L’être humain, créé libre et co-créateur (« créateur avec ») est à l’image de Dieu. Libre et créateur, il reçoit de Dieu la responsabilité de la création : il lui revient de la préserver, de la développer, de la perfectionner.Un enseignement oral est attribué à Moïse dans la tradition juive : Dieu s’y serait pris à plusieurs fois pour créer le monde. Les rabbins se sont interrogés : est-ce parce que les premiers essais n’étaient pas assez parfaits ? Au contraire, se sont-ils dit : un monde parfait ne laisserait aucune place à la liberté de l’être humain. Dieu aurait cherché à aboutir à une juste dose de viabilité et d’imperfection pour que, après qu’il a choisi de se reposer au septième jour, il puisse laisser l’être humain se déployer dans la création (« croître », dit le texte biblique) et la perfectionner.

 

  • Qui dit liberté dit « mérite » : ce que l’on fait librement peut être loué ou blâmé, sanctionné ou récompensé. Pas ce que l’on fait de façon totalement contrainte. Si la liberté n’existait pas, les sanctions n’auraient pas de sens, elles seraient imméritées et elles ne pourraient avoir un rôle « éducatif » : amener l’auteur d’un mal à prendre conscience et à choisir librement de poursuivre sa vie sur une base nouvelle. Si la liberté n’existait pas, nous n’aurions aucun mérite…

 

  • Importance de l’articulation de la liberté de l’être humain avec le temps : le temps permet à l’homme de construire et de se construire. Le temps ne fait pas que détruire.

 

  • L’affirmation de Dieu invitant à l’alliance est sans doute l’idée biblique la plus importante : tant l’alliance avec Lui que l’alliance au sein de l’humanité (par exemple dans le couple). La liberté à une place centrale et paradoxale quand il est question d’alliance : s’allient librement deux libertés (ou deux « libérés » : pas d’alliance possible dans une situation de total esclavage) d’une part et d’autre part l’alliance implique un renoncement libre à une partie de sa liberté.

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Deux questions rabbiniques

Mais pourquoi Dieu aurait-il créé une créature libre ? D’autant que cela offrait la possibilité d’introduire le mal dans l’existence, dans le monde.

Et les rabbins, dans la tradition juive, de s’interroger sur deux questions fondamentales :

  • Une question fondamentale sur la manière qu’a Dieu d’être créateur : Dieu, d’après une tradition orale attribuée à Moïse, s’y serait repris à plusieurs reprises pour créer le monde. Il aurait fait plusieurs « essais »… Mais pourquoi ?
  • Une question sur la valeur de la création de l’être humain a suscité des discussions entre deux maîtres juifs antérieurs à Jésus de quelques décennies (Hillel et Shammai) : Dieu a-t-il bien fait de créer l’être humain ?

Une discussion du professeur avec ChatGpt au sujet de la deuxième question (version Word .docx)

Intériorité chrétienne : les zones intérieures

La tradition mystique chrétienne parle d’un « cœur » de l’âme , d’un « esprit profond », d’une « volonté profonde », d’une « fine pointe de l’âme ». Elle y voit le lieu « spirituel » de la liberté profonde, le « lieu » de la rencontre avec Dieu, avec soi, avec autrui.

 

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Perspectives anthropologiques et théologiques fondamentales… questions fondamentales…

L’anthropologie issue du judaïsme et du christianisme considère que l’être humain est une créature dotée de libre arbitre, dotée d’une liberté : donc capable et de choisir librement le bien et de choisir librement le mal. Cela lui offre la possibilité de « créer » son existence, de transformer le monde, de le perfectionner ou de l’abimer. La tradition catholique regarde l’être humain comme co-créateur, c’est-à-dire « créateur » du monde  « avec » Dieu.

«  Alors le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ; il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (Livre de la Genèse, chapitre 2)

La théologie chrétienne identifie ce « souffle » de Dieu à l’Esprit Saint, troisième personne de la Trinité.

La liberté chrétienne, dans la tradition des spirituels et mystiques chrétiens, suppose que l’être humain se soit reconnecté à son cœur profond, à son esprit profond, au souffle venu de Dieu qui l’habite en profondeur et fait de lui ce que saint Paul appelle un homme « pneumatique » (du grec pneuma : vent, souffle, esprit)  et non plus un homme « psychique » dominé par ses pulsions destructrices, ses imaginations orgueilleuses, ses idées toutes faites, ses préjugés décalés de sa réalité profonde.

L’exercice concret de la liberté implique une unification spirituelle intérieure et extérieure, de son « âme » et de son « action » : que soit en « cohérence »  ce que je fais, ce que je dis, ce que je ressens, ce que je pense, ce que je veux et le coeur profond de mon être.

« L’homme psychique ne reçoit pas les choses du pneuma de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge. L’homme pneumatique (spirituel), au contraire, juge de tout, et il n’est lui-même jugé par personne » (saint Paul première épître aux Corinthiens, chapitre 2, verset 14-15).

Des outils et méthodes spirituels existent dans la tradition spirituelles chrétienne. Par exemple dans la tradition ignatienne (c’est-à-dire inspirés de saint Ignace de Loyola, auteurs des Exercices Spirituels).

Deux articles du cours sur la spiritualité « ignatienne » : iciici 

Un centre spirituel ignatien en Wallonie (à Wépion, près de Namur) qui permet de suivre des retraites ou récollections spirituelles pour développer sa liberté : La Pairelle